Startup Ensimag #03 - Oppidoc

Découvrez Oppidoc présentée par son fondateur Stéphane Sire, sous forme d’interview, conduite par Gabriel Ter-Minassian - olé !

Salut Stéphane, tu es entrepreneur au sein de Oppidoc, une entreprise qui propose des solutions d’édition et de publication sur leWeb, après avoir fait je crois plusieurs expériences dans différents endroits, raconte-nous ça ?

J’ai eu l’occasion de travailler dans des organismes de nature très différente. Après l’Ensimag (promotion 94), j’ai fait une thèse puis des posts-docs notamment à l’étranger, au CWI à Amsterdam et à l’EPFL à Lausanne. Mon sujet au sens large c’est l’édition de contenus de différentes sortes, et comment structurer l’information dès la saisie.

Après ces posts-docs j’ai participé aux premières heures d’Intuilab, une startup toulousaine qui s’occupe notamment d’interfaces utilisateurs, mais pas dans le domaine du Web. Comme je m’intéressais au Web, bien que j’ai apprécié l’aventure, j’ai profité de circonstances personnelles et je suis retourné à l’EPFL.

Et c’est là que tu as pu mieux construire ton projet et que ton entreprise s’est créée donc ? 

Pas vraiment mais presque. Je travaillais dans un projet de recherche financé par l’Europe à l’EPFL. Nous avons développé au sein du projet une librairie  pour faire de l’édition dans les navigateurs Web, AXEL. Et c’est à partir de cette librairie (à laquelle je contribue) qu’est né mon projet. Il s’agit donc à la base d’un scénario de transfert industriel. 

Parce qu’excuse-moi, il existe un paquet de solutions d’édition de contenu sur Internet, aujourd’hui on peut créer un site web correct sans pour autant être un développeur web confirmé non ?

C’est vrai, mais une première chose qui vient à l’esprit c’est que ce ne sont pas forcément les idées les plus originales qui  réussissent. Au travers d’une collaboration avec l’INRIA je suis reparti d’une approche à l’origine des langages du Web, le XML et le HTML : l’édition structurée. Dans cette approche ce n’est pas seulement le contenu et sa forme à l’écran qui sont intéressants. La signification et la structure de l’information qu’il contient le sont aussi. 

Et donc ?

Et donc c’est toute la différence : lorsque tu conçois ton site comme un ensemble de données structurées, en relation les unes avec les autres tu peux voir ton site de deux façons : 

  • comme un ensemble de pages : ça ce sont les visiteurs qui le découvre avec des mises en pages données ;
  • comme une structure de données : ça c’est le point de vue de l’informaticien.

Du point de vue technique les modifications deviennent des opérations d’édition d’une base de données. La notion de page subsiste mais ce n’est plus qu’une métaphore pour mettre à jour le contenu de manière familière.

Et au-delà de l’aspect technique, quels avantages à ta solution ?

Avec cette approche, ton site est plus facile à maintenir et à enrichir tout en respectant une charte graphique stricte, il devient aussi possible de générer ou de traiter de l’information automatiquement. Faisons l’analogie avec un livre. Il a un titre, des titres de chapitres, des chapitres, des paragraphes, etc… L’approche document structuré permet de dire : les titres seront en police Arial taille 20 et en gras. Et d’un coup tous les titres seront de cette forme. De même tu peux générer automatiquement une table des matières. De la même manière, si ton site contient des recettes de cuisine par exemple, tu peux choisir d’adapter à l’écran les quantités d’ingrédients automatiquement pour le nombre de convives choisi par le visiteur.

Et c’est nouveau comme approche ?

En fait non. Des fonctionnalités d’édition étaient présentes sur les premiers navigateurs web mais le succès de NCSA Mosaic a fait oublier celles-ci. Après il a fallu réinventer lentement des modes d’édition dégradés tels que les Wiki, nécessitant l’apprentissage d’une syntaxe particulière, et ce n’est que plus récemment que les progrès du Javascript ont réintroduit la vision du Web comme un support d’édition et pas seulement de publication.

Et question positionnement, tu as mis longtemps à trouver ?

Oui, c’est normal et il évolue toujours. C’est quasi impossible de savoir ce qui va plaire sans feedback. Tu dois te frotter aux clients, à leurs demandes pour affiner ton offre. Et le client veut souvent quelque chose de plus détaillé que ce que le chercheur a imaginé. C’est donc le problème : faire ce qui est utile au client tout en gardant l’aspect innovation pour rester dans la course. D’ailleurs tu ne t’enfermes que rarement dans ta tour d’ivoire, ne serait-ce que pour assurer une continuité dans l’activité….et dans la trésorerie.

Et parlons maintenant entreprenariat. Qu’est-ce qui est le plus dur au quotidien ? Parce qu’on ne devient pas entrepreneur d’un coup de baguette magique ?

Effectivement, on doit rajouter à sa casquette d’ingénieur-chercheur plusieurs casquettes : 

  • la communication,
  • le commercial,
  • l’administratif

C’est vraiment riche mais surtout, pour ne pas se décourager, il faut dire que l’entreprise c’est une boîte à outils. C’est-à-dire qu’elle offre des instruments pour rencontrer des clients ou des partenaires et formaliser les relations.

C’est rarement l’idée seule derrière l’entreprise qui crée le marché, mais c’est plutôt la rencontre entre une idée et des clients pionniers qui ont un besoin ou une frustation avec les solutions existantes. Ce qui m’a donné le déclic est un premier développement réussi pour un partenaire de projet Européen lancé sur le mode d’un défi (serais-tu capable de faire ça avec ta librairie ?).

Ton parcours de chercheur t’a-t-il aidé à te lancer ?

Les quelques années que j’ai passées en tant que chercheur financé par des projets publics ont servi de phase d’incubation pour mon projet. L’une de mes principales préoccupations actuellement est de trouver un équilibre dans mes activités pour me permettre de continuer à investir dans la R&D tout en industrialisant les produits que j’ai créé pour les premiers clients.

Par ailleurs j’ai eu la chance de rencontrer des partenaires pendant cette période qui m’aident à trouver des clients. Sans eux je n’aurais pas pu démarrer tant l’activité commerciale demande un investissement dans la durée.

Un dernier mot pour conclure ?

Je ne regrette pas du tout de m’être lancé. On apprend beaucoup sur notre société à travers l’entreprise et sur soi-même. Lancez-vous, et bonne chance !

Entretien réalisé par Gabriel Ter-Minassian (Ensimag 2009)

Pour découvrir Oppidoc et AXEL :